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Quand Les Femmes Parlent de l'enfant à l'intérieur

Comment imaginer un sujet aussi simple à priori mais qui s'avère un défi pour les participantes de cette 3ème session de QLFP (Quand Les Femmes Parlent) ? De quoi parle t-on concrètement ? En évoquant le thème j'ai bien senti que c'est un sujet vaste. L'enfant à l'intérieur de... la famille, la société, l'âme, de son cercle rassurant ? Nous avons vite vu que cette enfant que nous étions quand nous étions jeunes n'est pas si loin mais se fait discret. Comment lui parler ? A quoi ressemble t-elle ? Quelle est sa couleur ? Son expression ? Ses rêves et ses ambitions ?

 

Pour la visualiser nous avons trouvé chacune sur sa chaise une "enfant intérieure" découpée dans du papier blanc. En clin d'oeil au thème de la session précédente (QLFP 2 le droit des femmes), cette petite poupée portait une jupe ! Premières remarques sur le sexisme et deux participantes décidèrent de la r'habiller en pantalon ! C'est exactement l'idée de l'activité : cette enfant en papier est toute neuve et encore à créer. Nous avons le pouvoir de lui donner la force et les attributs qui feront de nous des femmes adultes heureuses. L'enfant n'a t-il pas envie de rire et d'être heureux toute sa vie ?

Nous avons commencé par tenir cette poupée de papier cachée entre nos deux mains fermées. Puis on ouvre petit à petit les mains et on la regarde. Comment étais-je petite ? Quelle âge a mon enfant intérieur ? Sur cette dernière question nous avons toutes marqué la coupure de la fin de l'enfance vers 9 ans. Ce cap représente le début des responsabilités, ce moment où "tu n'es plus une gosse". Pour certaines des participantes c'était devenir une "petite maman" pour ses frères et soeurs plus jeunes. Les mots sont durs à l'évocation de ce rôle qui ne doit pas incomber à une personne de cette âge.

"tu n'es plus une gosse"

Pour d'autres, c'est beaucoup plus jeune que la cassure se produisit, la fin d'une ère d'innocence trop précoce, vers 4-5 ans, qui laisse des traces indélébiles dans le psychisme, l'enfant intérieur est perçue d'une couleur rouge de sang. La douleur physique et les abus ne s'effacent jamais.

 

Quand j'ai préparé cette session je ne pensais pas voir autant de douleur ressurgir. Quand cette enfant n'a pas de couleur, elle est ignorée, invisible. Sous un masque de timidité et de gentillesse se cache un coeur avide d'amour qu'elle ne reçoit pas de la part de ses parents. "Je voulais tout le temps protéger les autres mais personne ne me protégeait moi", "ma mère s'en fichait si je sortais la nuit seule à 11 ans, elle s'en fichait de ce qui pouvait m'arriver".

A l'inverse de l'absence de cadre, l'éducation trop rigide vient frustrer et pousser à la rébellion. L'éducation cadrée et militaire qui ne laisse pas de place au jeu et à la créativité. "Quand dans les fêtes tous les enfants couraient et dansaient, mon frère et moi étions obligé de rester assis à la table avec les adultes". Sans liberté l'enfant peut-il avoir envie de grandir pour devenir un adulte entier ?

"Je voulais tout le temps protéger les autres mais personne ne me protégeait moi" 

Se pose alors le rôle de l'enfant dans son monde. Pourquoi fait-on des enfant si ce n'est pour les aimer ? Peut-on aimer tous ses 15 enfants ? Peut-on être aimé par des parents qui ont honte du physique de leur enfant ?

Pourquoi les parents oublient les blessures de leur propre enfance pour les reproduire sur leurs enfants ?

Les mots durs prononcés par les adultes laissent un goût amer sur les enfances à priori idéales. "Mon père m'appelait La Grosse", "mon père me disait "pas bouger" comme s'il parlait à un chien". Une enfant joyeuse, dynamique et aimée de tous se forge une vision erronée de son physique et perd inévitablement sa confiance en soi pour se visualiser comme une erreur, un point noir dans le tableau parfait de sa famille. Le cercle vicieux entraine une vie d'oubli de soi au point, pour certaines participantes, de négliger sa petite poupée en papier, de la froisser ou de ne même pas être capable de la tenir dans les mais ou de la regarder. Le déni de soi.

"mon père me disait "pas bouger" comme s'il parlait à un chien"

Pourtant nous redevenons enfant lorsque nous vieillissons. Il est alors d'une importance primordiale de savoir ce qu'on était et surtout d'être conscient que l'on est capable de remodeler nos émotions pour ne plus être dans le piège des regrets et de la colère.

 

Lors de cette première partie chacune de nous était invitée à dessiner un "cadeau" à cette poupée en papier : ailes, coeurs, couleurs, sourires, pantalons. Nous avons eu le plaisir d'avoir mon fils de 6 ans qui a voulu rester en notre compagnie, qui a également participé à la conversation et qui a dessiné sur ma poupée une cage thoracique !

 

En seconde partie nous avons retroussé nos manches et nous nous sommes regroupées autour d'une toile vierge et un lot de flacons de peintures de couleurs vives et pailletées. Qu'allons nous faire ? J'ai eu la trouille, avouons-le, de mettre de la peinture partout dans la pièce... décidément mon enfant intérieur a trop grandit ! J'ai également eu peur que les participantes soient récalcitrantes à se "salir".

Mes inquiétudes se sont vite évanouies quand spontanément tout le monde s'est tartiné les mains de peinture multicolore et imprimé la toile de couleurs enchanteresses. On s'est émerveillé de la texture de la peinture en se frottant les mains les unes aux autres, le mélange des couleurs et le velouté de la matière qui invitait à se toucher et communiquer au delà des mots. Détente et déconne, bien vite les mains sur les joues nous sommes toutes rentrées avec des traces de doigts et des lignes de guerrières. Le plus sage était mon fils et notre plus jeune participante, très concentrés dans leur création artistique ! Le tableau est superbe et sera accroché dans la boutique pour rappeler ce moment magnifique où les plus vieilles ont fait le plus les zouaves !

 

 

 

 

 

En fin de soirée nous étions dissipées et pleines de nouvelles pistes de réflexion sur ce mystérieux enfant caché au fin fond de nos souvenirs. Pour la retrouver partons à la chasse au trésor de photos, vidéos, journaux intimes et surtout nos dessins de maternelle :-)

 

Prochain rendez-vous le vendredi 03 mai à 20h

sur le thème "Notre place dans le monde"

inscriptions à la boutique ou par email

contact.santagaia@gmail.com

 

Amour et paix à tous :-)

Santa

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